La relance en plan …
Par Rouen Socialiste • 9 déc, 2008 • Catégorie: A Noter, documentation •
La politique peut se définir comme l’art de faire des choix et en matière de politique budgétaire, le président et son gouvernement ont eu à choisir entre différents instruments pour relancer l’économie. Les solutions retenues n’auront pas l’impact attendu et d’autres mesures auraient certainement été plus pertinentes.
Plutôt 10 milliards que 26
Le plan qui annonce 26 milliards d’euros de dépenses est beaucoup moins ambitieux quand on y regarde de plus près : des investissements avaient déjà été programmés, certaines dépenses annoncées seront financées par des entreprises publiques, EDF par exemple devra trouver 2,5 milliards, par ailleurs le soutien aux entreprises en difficultés (11,5 milliards d’euros) ne constituent que des avances que les entreprises devront rembourser, quant aux 2,5 milliards d’euros promis aux collectivités locales pour investir, il ne s’agit en réalité que d’un remboursement anticipé d’une partie de la TVA que l’Etat devait leur restituer.
L’aveu d’un échec du plan de sauvetage des banques
Le poste principal du plan de relance (11,4 milliards d’euros) consiste à soutenir les entreprises qui ont des problèmes de trésorerie parce que les banques ne leur accordent plus de découvert ou de solutions de financement à court terme. Pourtant il y a moins d’un mois, un autre plan de 320 milliards avait justement été mis en place pour sauver les banques et leur permettre de soutenir les entreprises. Aujourd’hui, les banques sont peut être sauvées mais elles ne respectent pas leurs engagements. Non seulement l’Etat s’est fait duper mais il doit désormais trouver l’argent pour venir en aide aux entreprises…
Une goutte d’eau pour éviter la crise
Sur le fond, une politique de relance a un objectif à court terme, celui de pallier à une insuffisance de la demande : il faut encourager les achats des ménages, les investissements des entreprises par différents moyens. Seules, la prime à la casse pour les automobiles, et la hausse du RSA (revenu de solidarité active) répondent véritablement à cet objectif mais ne représentent qu’une goutte d’eau dans le plan.
La prime à la casse devrait coûter à l’Etat 200 millions, la prime complémentaire versée dans le cadre du RSA : 760 millions, ce qui ne représente que 3,7% du plan et peut même paraître scandaleux au regard de l’investissement dans les programmes d’armement (1,4 milliards d’euros supplémentaires). La prime à la casse ne concerne que quelques ménages et ceux qui profiteront de la prime feront aujourd’hui un achat qu’ils auraient effectué de toute manière plus tard.
Sauver la face à court terme sans se soucier du long terme
L’investissement dans l’innovation est le moteur de la croissance à long terme. Les innovations créent de nouveaux produits (donc des nouveaux marchés), améliorent les caractéristiques des produits pour les rendre plus compétitifs ou permettent de nouveaux procédés de fabrication pour rendre les entreprises plus compétitives sur leurs prix. Toutefois le long terme ne semble pas être la priorité du président puisqu’il ne consacre à la recherche et à l’enseignement supérieur que 0,7 milliards d’euros supplémentaires.
Même critique concernant le soutien à l’emploi par une exonération des charges sociales. Une fois de plus l’Etat offre un cadeau qui ne lui appartient pas. Comme il a fait depuis plusieurs années, il prive les organismes sociaux de recettes (les cotisations) ce qui aggravera à long terme leur déficit et nécessitera une remise en cause des avantages sociaux. CQFD.
Du pragmatisme ?
Lors de la dernière campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy s’était fait le chantre de la rigueur budgétaire. Il n’a cessé d’agiter le spectre de la faillite de la France pour mieux décrédibiliser un projet socialiste jugé trop coûteux, clamant haut et fort que l’intervention publique était l’unique responsable des maux de notre économie. Plus personne aujourd’hui ne parle de la dette ou ne se pose la question du financement de ce projet. En revanche, une chose ne change pas : le soutien inconditionnel aux financiers comme le témoigne un autre volet du plan de soutien aux promoteurs immobiliers qui après une décennie de spéculation immobilière et de bénéfices records n’ont semblent-il, comme les banquiers, pas envie de renvoyer l’ascenseur…
Nicolas PARESY – Professeur d’Economie & Gestion.
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